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Les travaux de restauration des façades

Histoire de la Préfecture

De l'abbaye Saint-Volusien aux services administratifs de la Préfecture, en passant par les archives départementales, l'Hôtel de la Préfecture de l'Ariège a de tout temps été au centre de l'histoire de ce département.
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Corps central du bâtiment

L’hôtel de la préfecture de l’Ariège occupe des bâtiments qui furent ceux de l’abbaye Saint-Volusien de Foix. Malgré les remaniements successifs, l’édifice conserve le plan des anciens bâtiments abbatiaux, il s’appuie toujours sur l’église abbatiale et des murs et des voûtes du XVII° siècle sont toujours visibles dans la partie qui jouxte le sanctuaire.

L’abbaye Saint-Volusien de Foix fut fondée au IX° siècle. On ne sait si elle se situait au pied du rocher du château, là où des vestiges ont été découverts, ou si elle était déjà à son emplacement actuel. C’est là en tout cas à la pointe du confluent Ariège-Arget, qu’elle fut reconstruite au début du XII° siècle. Ce chantier donna naissance à la première véritable agglomération fuxéenne. Bénédictine à l’origine, l’abbaye de Foix fut soumise en 1104 par le comte Roger II à la règle des chanoines réguliers de saint Augustin. En 1168, un accord de paréage précisa le partage de la seigneurie de la ville de Foix entre l’abbé et le comte qui en restèrent coseigneurs jusqu’à la Révolution française.

Élevée au XII° siècle, agrandie au XIV°, l’église abbatiale Saint-Volusien était l’église paroissiale de la ville ; elle était aussi l’église des comtes qui y ancraient religieusement leur puissance en y tenant les manifestations les plus solennelles du pays, tels l’hommage de tous les vassaux du pays à Gaston Fébus en 1345, la célébration de la paix avec le comte d’Armagnac vaincu en 1363 ou la naissance des États de Foix en 1391 et 1398. Les bâtiments conventuels, sans doute modestes à l’origine, avaient été reconstruits à la fin du XIII° siècle ; ils s’étendaient derrière l’abbatiale, occupant la plus grande partie de la pointe du confluent. L’abbaye était fortifiée et ses murailles participaient au dispositif défensif de la ville.

L’abbaye Saint-Volusien fut pillée et incendiée à plusieurs reprises pendant les guerres de religion, particulièrement en 1582. Au lendemain de l’Édit de Nantes, il n’y avait plus que des ruines : les reliques du saint patron avaient été dispersées, la châsse et les cloches fondues, les statues et l’autel abattus. Les parties hautes de l’abbatiale, le cloître et les bâtiments conventuels avaient disparu. Seul restait le clocher, utilisé comme tour de guet pendant les guerres. Comme les domaines fonciers de l’abbaye avaient aussi beaucoup souffert des guerres et que les revenus étaient donc très amoindris, la reconstruction fut lente. C’est l’abbé Pierre de Caulet qui entreprit le relèvement tant attendu de l’unique église paroissiale de la ville et la première messe y fut célébrée en décembre 1613. On avait d’abord rebâti le choeur et les murs de la nef et du transept, puis la ville s’occupa des fortifications parce que l’enceinte de l’abbaye complétait la sienne. Les travaux continuèrent, surtout grâce aux matériaux récupérés sur le temple protestant démoli, sous les abbatiats de François-Etienne de Caulet (1627-1643) et de Louis de Bassompierre (1657-1676). C’est sans doute Jean de Gournay qui fit reconstruire, à la fin du siècle, les bâtiments conventuels. Mais en 1784 encore, la chute de pierres du clocher menaçait de façon alarmante le couvert de la place. Les ruines avaient aussi été morales et devant les abus multiples que connaissait la vie religieuse, l’abbé de Caulet unit son abbaye à la Congrégation de Sainte-Geneviève (ou des Génovéfains) ; il y eut beaucoup de résistances et l’union ne se réalisa vraiment qu’en 1665.

Restaurée dans ses murs comme dans ses moeurs, l’abbaye Saint-Volusien avait retrouvé son lustre. En 1725, elle était dotée d’un abbé commendataire (c’est-à-dire qu’il avait d’autres bénéfices et qu’il ne résidait pas là en permanence), de douze chanoines réguliers, dix prébendés séculiers et quinze domestiques. Elle avait un très vaste temporel, dans le consulat de Foix, en Tarasconnais, en Lordadais et jusqu’à Savignac et Montaillou. Dans sa splendeur retrouvée, elle suscitait l’aigreur des consuls de Foix qui, en 1774, lui reprochaient son train de vie, ses domestiques, sa consommation de produits de luxe, le traitement « splendide » de ses hôtes, son mobilier et ses ornements de « maison riche ».

Tout cela disparut avec la Révolution. Dès l’année 1790, Le clergé régulier fut supprimé, les biens d’Église « mis à disposition de la Nation » et leur vente fut décrétée. En un symbole frappant, l’abbaye Saint-Volusien fut acquise en décembre 1791 par la ville de Foix et par le département de l’Ariège qui en fera le siège de son administration , de son tribunal et de la gendarmerie, puis, en 1800, de la Préfecture et du Conseil général.

Les bâtiments abbatiaux ne furent guère touchés. La cour intérieure, entourée de trois corps de bâtiment, l’église fermant le dernier côté, devint la « cour d’honneur » de la préfecture et on rentrait, comme aux temps monastiques, par un passage voûté sur croisées d’ogives qui s’ouvrait près de l’église. La « tour d’Urgel » restait un vestige des anciennes fortifications.

Lorsque les Archives départementales furent créées, en l’an V, elles furent installées dans la Préfecture. Dans la nuit du 28 au 29 octobre 1803, un incendie détruisit une grande partie des bâtiments. C’était un incendie criminel ; il visait certainement les archives et très probablement les registres paroissiaux et d’état civil à partir desquels on opérait la conscription : l’Ariège était alors le département de France le plus rétif aux levées d’hommes des guerres napoléoniennes. L’aile nord et l’aile ouest, qui abritaient les archives, les bureaux de la préfecture, la gendarmerie, les écuries et le corps de garde étaient complètement détruites ; seule l’aile est fut sauvée, avec les tribunaux et presque tous les appartements du préfet. Commencés en 1804, les travaux de restauration furent achevés en 1813. On en profita pour faire des aménagements intérieurs et pour surélever l’aile ouest, qui jusque là n’avait qu’un étage, contrairement aux deux autres. La gendarmerie ne réintégra pas le bâtiment ; les tribunaux le quittèrent en 1813 pour s’installer au pied du château.

L’ancienne entrée était impraticable pour les voitures ; on ouvrit donc en 1811 ce qui deviendra l’entrée principale de la préfecture. On agrandit les jardins en 1816. En 1834, on aménagea les deux étages de l’aile ouest pour y accueillir l’école normale d’instituteurs (elle y restera jusqu’en 1845) et la bibliothèque municipale de Foix (qui restera jusqu’en 1888). De 1840 à 1855 on reconstruisit le mur de clôture et le portail monumental. A plusieurs reprises au XIX° siècle et en 1946 encore, pour disposer de plus de bureaux, on agrandit les locaux, élevant un étage, construisant des corps de bâtiment, aboutissant au grand ensemble qu’on peut voir aujourd’hui.

Les Archives départementales avaient quitté les lieux en 1942 ; le Conseil général en fit autant en 1989, après la décentralisation. L’Hôtel de la Préfecture est aujourd’hui tout entier consacré à l’administration de l’État. Les transformations qu’il a subies au cours des deux derniers siècles ne font pas oublier l’abbaye Saint-Volusien : il s’appuie toujours sur l’église abbatiale, l’entrée du public se fait toujours sous les voûtes qui voyaient passer abbé, chanoines et nobles visiteurs et la « cuisine des moines » est toujours en service…

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